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Conditions de travail à La Poste : rapport accablant et rôle du CHSCT

Le 20 septembre 2017
Alors que les syndicats s’opposent à la disparition du CHSCT, c’est ce dernier qui a fait la lumière sur les conditions de travail au centre de tri de Villeneuve d’Ascq.
Emeline B, victime d’un AVC sur son poste de travail.
 
L’affaire avait fait grand bruit. Le 19 février 2016, Emeline B, salariée en CDD dans le Centre de tri de La Poste situé à Villeneuve d’Ascq, informe sa hiérarchie qu’elle ne se sent pas bien. Sous la pression de sa hiérarchie, et malgré des douleurs, elle accepte de venir travailler et fait donc les 20 kilomètres de trajet en voiture pour prendre son poste à 6h30. Son état se dégrade rapidement, mais son encadrement lui demande de terminer malgré tout une tâche en cours avant l’arrivée des pompiers, prévenus seulement 3 heures après sa prise de poste. Victime d’un Accident vasculaire cérébral (AVC) sur son lieu de travail, Emeline B a intenté un procès contre trois encadrants du centre de tri auxquels elle reproche d’avoir tardé à appeler les secours. Sa plainte contre non-assistance à personne en danger a été classée sans suite cet été.
 
Mais, à la suite des faits, le CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail), avait commandé un rapport sur les conditions de travail de cette plateforme qui emploie 101 salariés et traite le courrier pour une grande partie de la métropole lilloise au Cabinet d’expertise Catéis. Ce rapport, restitué en septembre 2017 et que l’AFP a réussi à se procurer, étrille les conditions de travail des salariés et éclaire d’un jour nouveau le témoignage de la jeune femme âgée de 25 ans.
 
Maître Loïc Bussy, l’avocat d’Emeline B., a d’ores et déjà annoncé son intention de déposer une nouvelle plainte avec constitution de partie civile, rappelant au passage que l’Assurance Maladie n’avait toujours pas accepté de retenir la qualification d’Accident du Travail pour l’AVC de sa cliente.
 
Pression permanente, persécutions et recours excessif aux CDD.
 
Le Cabinet d’Expertise Catéis, spécialisé dans la gestion des risques psychosociaux et la santé au travail, indique dans son rapport que : « le défaut de prise en compte de la gravité de cette situation est lié à une organisation construite sur des règles instables et l’urgence des aléas qui immerge en permanence les agents dans l’incertitude », ainsi qu’à « un climat relationnel très dégradé et délétère où le jugement et la méfiance » prédominent et à « une pression permanente pour produire coûte que coûte malgré les aléas et sans moyens supplémentaires, repoussant les agents dans leurs derniers retranchements en terme de santé ».
 
Le rapport évoque ainsi un recours excessif aux CDD soumis à une forte pression, parfois rappelés sur leur RTT et envoyés sur la plateforme sans accompagnement. Il relève également des « pratiques managériales vécues par les agents comme une forme de persécution » : convocations répétées, obligation de garder le silence au travail, …
 
Des pratiques « nocives pour l’équilibre mental ».
 
A l’époque de faits, on se souvient que le collègue syndicaliste d’Emeline B. qui avait insisté pour que les secours soient appelés afin de la secourir avait été mis à pied par La Poste peu après dans le cadre d’une procédure disciplinaire « sans rapport avec l’accident de santé de sa collègue » s’était défendue La Poste, précisant que cet employé faisait « l’objet depuis près de 10 ans de plusieurs mesures disciplinaires ».
 
La version de son syndicat est autre. « Il était en mauvais terme avec sa hiérarchie. Mais ils en ont rajouté une couche avec cette histoire » estime un représentant Sud-PTT. « L’ambiance est loin d’être bonne sur ce site » où Sud-PTT avait relevé « plusieurs cas de répression assez forte de la part des responsables du site à l’encontre des salariés, dont certains cas pourraient se rapprocher de la répression d’activité syndicale ».
 
Un point confirmé par le rapport du Cabinet Catéis qui dénonce également les pressions subies par deux membres du CHSCT, et notamment des procédures disciplinaires à répétition qui « ont fait courir sur (l’un d’entre eux) un risque majeur de passage à l’acte », c’est-à-dire de suicide.
 
Pour le cabinet d’experts, il est clair que les méthodes et procédés managériaux employés « tendent  à faire peser sur les agents les failles de l’organisation », n’hésitant pas à les qualifier de « nocive(s) pour l’équilibre mental des agents qui finissent par douter de leurs compétences ».
 
Des pratiques qui seraient aujourd’hui obsolètes, mais relancent sur l'importance du rôle du CHSCT
 
Interrogée par les journalistes de l’AFP, la Direction Nord de La Poste a en effet précisé que « depuis les faits, une nouvelle directrice de la plateforme a été nommée et a travaillé avec le secrétaire du CHSCT sur les sujets relevant de la santé et de la sécurité au travail ». « L’établissement a recruté 32 facteurs en CDI et un plan de formation important a été mis en place » a-t-elle ajouté.
 
La publication de ce rapport ne devrait pas passer inaperçue, alors que les syndicats s’opposent à la disparition du CHSCT prévue avec la Réforme du Code du Travail annoncée par Muriel Péricaud… 

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