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CGT : quel avenir, bousculé par les Gilets Jaunes et jugé "trop idéologique" ?

CGT  : quel avenir, bousculé par les Gilets Jaunes et jugé
Le 07 janvier 2019
La CGT serait-elle devenue "parfois trop idéologique" comme l'affirme Philippe MARTINEZ ? Ou bien les réseaux sociaux ont-ils fait la preuve avec les Gilets Jaunes que les mobilisations populaires pouvaient se passer des syndicats ? Explications.

Décembre 2018, la CFDT détrône la CGT et devient le premier syndicat en France, tous secteurs d'activités confondus. Dans le même temps, le mouvement des Gilets Jaunes s'organise sur les réseaux sociaux et réussit là où les syndicats ont échoué depuis le début de l'année : bloquer la France, créer une réelle contestation, voire même, sur certains sujets, faire reculer le Gouvernement d'Emmanuel MACRON. Un mouvement qui interroge. Quel avenir pour le syndicalisme en France, et pour la CGT en particulier ? Dans un entretien à Francis BROCHET pour le journal L'Alsace, Philippe MARTINEZ, Secrétaire Général de la CGT, a livré quelques analyses... 

Pour Martinez, la CGT doit "redevenir le syndicat de la feuille de paie et du carreau cassé".

Pour Philippe MARTINEZ, Secrétaire Général de la CGT, si le premier syndicat historique français a été détrôné par la CFDT dans le paysage syndical, c'est uniquement parce que la Confédération Générale du Travail "n'évolue pas assez vite". Elle se serait éloignée de la réalité concrète du terrain pour devenir "trop idéologique". Trop de discours et pas assez de concret, en somme. 

Reprenant la célèbre formule d'Henri KRASUKI, qui estimait justement qu'un syndicat devait d'abord et avant tout s'intéresser au quotidien des salariés, Philippe MARTINEZ analyse : "La CGT doit proposer de changer le monde, mais elle doit d'abord être capable de peser sur le quotidien, et c'est là où nous avons perdu beaucoup de nos capacités. Si nous sommes passés deuxièmes, c'est parce que nous sommes parfois trop idéologiques et pas assez concrets. Nous devons redevenir le syndicat de la feuille de paie et du carreau cassé".

C'est d'ailleurs parce qu'elle n'est pas assez présente sur le terrain, selon lui, que la CGT n'a pas su "apporter la preuve de son utilité" sur le terrain aux Gilets Jaunes. "Qui trouvons-nous sur les ronds-points des gilets jaunes ? poursuit l'actuel Secrétaire Général de la CGT Beaucoup de salariés de petites et moyennes entreprises, des retraités, des chômeurs... Tous des secteurs de la population où la CGT n'est pas assez présente." Et de conclure "Si elles veulent regagner un peu de crédibilité, les organisations syndicales de ce pays doivent mettre de côté leurs divergences et travailler ensemble sur des revendications concrètes. La mobilisation aux ronds-points c'est bien, la mobilisation dans les entreprises, c'est mieux".

Les Gilets Jaunes, un mouvement qui met du plomb dans l'aile des syndicats en général, et de la CGT en particulier ?

Stéphane SIROT, historien et spécialiste de l'histoire et de la sociologie des grèves, du syndicalisme et des relations sociales, "Il est évident que l'avenir est sombre pour les organisations syndicales car les Gilets Jaunes ont fait la démonstration que, par des mobilisations horizontales via les réseaux sociaux, il est possible de parvenir à créer des dynamiques ou des rapports de force qu'elles-mêmes n'arrivent plus à créer".

Une analyse que ne partage pas Philippe MARTINEZ. Au contraire, le leader CGtiste relève pour sa part que le principal enseignement du mouvement des gilets jaunes est précisément "qu'on a retrouvé le sens de l'action collective, qui est l'antithèse de l'individualisme des premiers de cordée de MACRON. Le second est que nous retrouvons des revendications sur le SMIC, le pouvoir d'achat, et c'est bien ce que nous, la CGT, mettons en avant depuis très longtemps".

Reste que la CGT paraît tout de même bien dépassée par ce mouvement social. Si dans certains territoires le dialogue est impossible, en interne en revanche plusieurs fédérations ont souhaité que des "discussions puissent se tenir partout" avec les Gilets Jaunes afin que "chacun contribue dans son domaine à développer le rapport de force". On se rappellera notamment de la lettre ouverte relayée par Libération, écrite par des dizaines de militants dont l'ancien délégué des "Conti" Xavier MATHIEU, affirmant que "la CGT ne peut pas détourner le regard de cette colère sociale", tandis que Philippe MARTINEZ relevait pour sa part dans son entretien à l'Alsace que "Ce n'est pas possible de courir ou marcher avec eux [les Gilets Jaunes ndlr] au niveau national, car il n'y a pas d'organisation, pas de ligne... Mais dans les territoires, il y a eu des manifs communes, des tracs communs avec une main rouge et une main jaune qui se serrent. Il y a des choses à faire ensemble à condition d'éviter les dérives racistes, antisémites, qui sont marginales mais qui existent".