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Le blues des inspecteurs du travail inquiets de l'avenir de leur métier (1/2)

Le blues des inspecteurs du travail inquiets de l'avenir de leur métier (1/2)
Le 16 décembre 2017
Entre la baisse des effectifs, l'inflation des textes, la pression de la tutelle, la remise en cause de leur légitimité... Les inspecteurs du travail s'inquiètent de l'avenir de leur métier... et de son sens. Explications.

Jeudi 14 décembre. Conseil de Discipline. Motif ? Non respect du devoir de réserve et de neutralité. La jeune femme, inspectrice du travail, a effectivement annoncé en tant qu'élue syndicale au sein de Sud dans une vidéo mise en ligne sur le site de l'Humanité la baisse des effectifs. La manifestation, appelée "Chasse aux DRH", s'était tenue en marge d'un congrès de DRH. La jeune inspectrice y expliquait être venue pour la "chasse à Muriel Pénicaud" avec l'intention de l'interroger sur les réductions de poste au sein du Ministère du Travail. La Ministre n'aurait manifestement pas apprécié.

Au sein de la Commission, la question divise. Pour la base en revanche, l'affaire est claire : pour la rue de Grenelle, plus question de tolérer des voix discordantes. Et plus question de prendre la parole publiquement en tant qu'inspecteur du travail. Ceux qui souhaitent continuer de s'exprimer le font de manière anonyme, ou, comme cette jeune inspectrice, sous couvert d'un mandat syndical. Pas sûr cependant que cela les protège des pressions ou des sanctions... 

Des inspecteurs du travail qui dénoncent une pression de tutelle trop forte et des affichages politiques contre productifs. 

Et pourtant, ils auraient bien des raisons de le faire ! Et beaucoup, à l'image de Julien Boeldieu, élu CGT, se sont littéralement étranglés en entendant le Président MACRON déclarer le 15 novembre dernier qu'il allait charger l'inspection du travail de "traquer" les cas de discrimination à l'embauche. "Nous n'aurons pas les moyens de traquer la discrimination, qui ne deviendra pas une priorité par un coup de baguette magique" explique-t-il pendant que l'un de ses collègues s'agace plus franchement : "C'est la preuve d'une réelle méconnaissance de notre métier. je ne vois pas comment on pourrait mettre au point une politique de testing. Je peux toujours demander à un employeur de m'envoyer les candidatures qu'il reçoit mais après, comment prouver la discrimination à grande échelle" ? 

"Le travail d'enquête démarre le plus souvent par une alerte venant de l'intérieur" explique Yves Sinigaglia. "Si un salarié vient me voir pour dénoncer un cas de harcèlement, je vais me déplacer dans l'entreprise et interroger tous les membres du service pour tenter d'établir s'il y a ou non harcèlement. Toujours en respectant la confidentialité de mes sources". Car, encore aujourd'hui, l'inspecteur du travail se base sur un témoignage dont la confidentialité sera garantie ou, plus rarement, sur ses propres constats ou une intuition. 

Et encore aujourd'hui, l'inspecteur du travail doit intervenir dans le respect des subtilités des textes régissant la vie des entreprises. Un exercice qui devient de plus en plus compliqué compte tenu de l'inflation législative de ces dernières années : Loi Rebsamen en 2015, Loi El Khomri en 2016, ordonnances en 2017... de quoi rapidement donner le vertige aux équipes qui confient soit être obligées de passer de plus en plus de temps à "potasser" et se préparer compte tenu de ces changements incessants au détriment du temps passé sur les dossiers, soit privilégier le temps passé sur les dossiers quitte à attendre d'être confronté aux cas pour se renseigner sur les nouveautés du Code du Travail... parfois au détriment de la sécurité juridique.

Une contestation de plus en plus décomplexée de la légitimité des Inspecteurs du Travail par les chefs d'entreprise.

Une inflation législative qui s'illustre d'une autre manière, tout-à-fait surprenante. De plus en plus d'inspecteurs assurent que depuis quelques mois, "on nous accueille souvent en s'étonnant qu'on existe toujours, en nous méprisant un peu ou en balayant nos remarques d'un 'De toute façon ça, ça va changer bientôt'".

Une contestation de leur légitimité pesante pour les inspecteurs, d'autant qu'elle se fait de manière de plus en plus ostentatoire et décomplexée selon eux. "Je me souviens d'un contrôle dans une strat-up après un cas de licenciement abusif et discriminant. Quand j'ai discuté avec les deux fondateurs, j'ai clairement senti qu'ils n'envisageaient pas la règle que comme une entrave" raconte l'un d'eux. 

Et pour les inspecteurs du travail, aucun doute. La faute au contexte politique ! "le gouvernement passe son temps à dire que la liberté c'est bien et que la règle c'est mal" dénonce Yves Sinigaglia. "Et une ministre qui dit que le Code du Travail ne sert qu'à embêter les chefs d'entreprise. Comment voulez-vous que nous qui représentons le respect de ce code soyons bien accueillis ? on devient des sortes d'extra-terrestres qui empêchent les gens de faire du profit tranquillement. Jamais on ne nous présente comme ce que nous sommes : les garants du respect des textes de loi".

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